Arthur Arsenne

PROFIL LABEL ARSENIC SOLARIS (DEATH CARNIVAL RECORDS)

Un underground sonore niçois ? Oui.

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En matière de manifestations musicales, Nice est plutôt associée à des prestations festives de grande ampleur privilégiant majoritairement les genres commerciaux. C’est réducteur, bien sûr, mais la visibilité la plus large est toujours fonction du poids du nombre… En matière de production musicale, le champ des déclinaisons est extrêmement plus large et inversement proportionnel au poids du nombre (sic). Dans une ville où se déroule pourtant un festival dédié à l’expérimentation sonore, les Mancas, et où une scène existe en la matière, il était indispensable de mettre en lumière l’initiative salutaire tout autant qu’audacieuse d’Arthur Arsenne, aux commandes du label Arsenic Solaris, et de sa sous-division Death Carnival Records. Interview.

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Mélanie Meyer : Depuis quand pratiques-tu la musique ?

Arthur Arsenne : Depuis l’âge de 13 ans. À cette époque, je commençais la basse. Il s’agissait alors d’un loisir. En 2014, j’ai intégré le conservatoire en électroacoustique, pratique à laquelle j’ai adjoint une formation en musicologie depuis 2015. Les deux sont intimement liés et s’enrichissent mutuellement.

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M.M : Quel objectif concret poursuis-tu en la matière ?

A.A : Je souhaite obtenir une licence de composition électroacoustique puis un DEM.

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M.M : Pourquoi cet intérêt pour la musique expérimentale ?

A.A : Je viens d’une famille de musiciens. Mon père était très versé dans le rock progressif ce qui changeait considérablement du sempiternel couplet/refrain. J’ai commencé à creuser tous azimuts et mon 1er choc en musique expérimentale a été Sunn O))). La découverte de ce pan assez obscur de la culture musicale, le métal, est peu aisée lorsque l’on n’y est pas habitué. Ce genre n’est pas accessible immédiatement. J’ai laissé de côté pendant un an puis je m’y suis remis et j’ai trouvé la démarche intéressante. Bon, je ne suis pas rentré dans toutes les productions avec plaisir, mais ça m’a permis d’apprécier Boris et d’adorer Earth et ISIS. Et là, je ne me suis plus arrêté. J’ai découvert les labels Hydra Head Records de Aaron B. Turner (ex-Isis, Sumac, Mamifer, OMG,…), Southern Lord Records de Greg Anderson (Sunn o))), Goatsnake et Utech Records. Cela m’a complètement imprégné de métal extrême, mais également de toutes les expérimentations possibles qui ont découlé de ce genre.

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M.M : Et là, c’était la révélation ?

A.A : Quand le Drone est venu à moi (sourire), je suis devenu un fan inconditionnel de Stephen O’Malley… et de tous ses projets. Du coup, ça m’a naturellement amené à l’expérimentale. Lotus Eaters a d’ailleurs été une pierre blanche : James Plotkin, Stephen O’Malley, Aaron B. Turner réunis… Très ambient, très calme. J’ai adoré et j’ai élargi ma sphère d’écoute à des musiques plus rugueuses comme de la noise ou du power electronics. Progressivement, j’ai eu envie de pratiquer ce genre de musique et je pense que naturellement, cela m’a conduit à l’idée d’un label.

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M.M : Depuis quand le label existe-t-il ?

A.A : Death Carnival Records existe depuis 2013. Il a été co-fondé avec Fabrice Rinodau. Au départ, le principe poursuivi était simple : autoproduire nos projets. Le développement nous a un peu échappé. En effet, la grande surprise a découlé de la création du tumblr dédié au label. Cette visibilité, même modeste, sur le Net a provoqué l’afflux de nombreuses démos venant d’Europe de l’Est, de Russie, voire du Japon et des USA. Paradoxalement, très peu de Français se sont manifesté. Nous avons donc sélectionné quelques coups de cœur pour les produire. Au regard de l’objectif initial, l’activité s’est indéniablement intensifiée. Fabrice a souhaité arrêter et je suis resté seul aux commandes.

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M.M : Quelle est l’exacte identité musicale de Death Carnival Records ?

A.A : Death Carnival Records est dédié aux musiques expérimentales : noise et improvisation libre, drone, dark ambient… Les sorties se déclinent entre 1 et 50 copies : pas de chiffre rond, rarement un même nombre de copies d’une sortie à l’autre, tout est fait artisanalement. Les supports physiques sont payants, bien entendu mais les téléchargements sont proposés au don : l’auditeur verse ce qu’il souhaite pour y accéder. Le but est de faire circuler la musique et de s’en remettre à la bonne volonté de tous.

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M.M : L’aspect « niche sonore » s’est-elle enrichie d’une identité visuelle précise ?

A.A : Pas au début, mais depuis le lancement de mon autre label (Arsenic Solaris), Death Carnival Records s’oriente vers un packaging très identifiable : une simple enveloppe tamponnée au nom de l’artiste et titre de l’album contenant un artwork au format A4 et le disque. Économie de moyens et sobriété…

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M.M : Venons-en donc à Arsenic Solaris : pourquoi avoir créé un autre label ?

A.A : Arsenic Solaris a été créé courant 2015 pour être dédié à des productions plus professionnelles et des sorties plus importantes (minimum de 50 copies et plus). Le style diffère également. En effet, le spectre musical se veut plus large et, toutes proportions gardées, plus accessible (post-rock, métal extrême, ambient…). De plus, comme le coût de production est plus élevé et les frais engagés plus importants, les téléchargements sont payants. Sous ce label ont déjà été produits la captation du concert ayant réuni le groupe canadien AUN ainsi que mon projet personnel LOC, ou l’album de Stabb (grindcore). Au sein des sorties d’Arsenic Solaris, une particularité réside dans la série intitulée « Handmade Series ». Il s’agit d’artistes que j’apprécie énormément mais très peu connus. J’ai souhaité donner les démarquer des autres sorties visuellement par le biais d’une pochette cartonnée recyclée et d’un même nombre de copies (50).

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M.M : Comment les deux labels ont-ils été articulés l’un par rapport à l’autre ?

A.A : Bien que Death Carnival Records soit le label originel, il était logique, au vu de son positionnement plus underground, qu’il devienne le sous-label d’Arsenic Solaris. C’est ce qui s’est produit.

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M.M : Puisque le concert privé dédié à la sortie de l’album de Furniker a été l’occasion de formaliser cette rencontre, parlons d’eux.

A.A : Cela s’est fait très simplement. Furniker rassemble Franz Schultz et Vdrey. Ils ont été programmés au festival Easter in the Sun. Un des organisateurs leur a donné mes coordonnées. Franz m’a alors contacté par mail. J’ai apprécié leur démarche d’improvisation croisant boucles électroniques et musique concrète. 24 copies ont donc été lancées.

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M.M : L’initiative d’une tournée les concernant s’est faite indépendamment ?

A.A : Oui totalement. Il s’agit de leur réseau. Fondamentalement, je centre mon activité sur la production.

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M.M : Quelle vision as-tu de ton rôle ?

A.A : Je souhaite que le public le plus large possible accède aux créations des artistes. Du coup, ce n’est pas l’argent qui me motive. Mon initiative est à but non lucratif…

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M.M : Tu te vois comme une ONG alors ?

A.A : Oui c’est un peu ça (éclats de rire). J’aide à la production d’un support et à la diffusion numérique. J’essaie de donner le maximum de copies aux artistes afin qu’ils puissent les vendre via leur propre réseau.

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M.M : Quel est l’effet de cet engagement sur ta création personnelle ?

A.A : Ca m’a fait prendre beaucoup de retard ! En effet, je suis très investi dans la production et la constitution du catalogue. Cela prend du temps mais le résultat est tangible déjà. Par exemple, sur Arsenic Solaris, 4 productions ont déjà été réalisées et 4 autres sont à venir avant la fin de l’année. Il y aura une collaboration entre moi-même et Vitaly Maklakov qui sort fin août au format CD (ce sera la 1ère fois pour le label) à 300 exemplaires.

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M.M : Des évolutions futures quant aux formats ?

A.A : Oui, l’ambition est de sortir les productions sous format vinyle. La 1ère va d’ailleurs sortir bientôt. Il s’agit d’une coproduction avec les labels OPAX, UP AGAINST THE WALL, MOTERFUCKER ! L’enthousiasme est d’autant plus fort qu’il s’agit de la collaboration réunissant ERLE (Talweg/La Morte Young) et My Cat Is An Alien, des noms internationalement reconnus sur la scène expérimentale. C’est une chance et un grand honneur pour moi !

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M.M : Quel regard portes-tu sur le contexte niçois ?

A.A : Je me sens seul concernant le paysage de la production. Jusqu’à preuve du contraire, je ne connais aucun autre label sur la scène locale dédié à l’expérimentale. Par contre, en termes de création, les initiatives expérimentales existent : Furniker en est la preuve. Mais il y a également Talweg, La Morte Young, Projet Cluster, etc … Cela est très encourageant d’autant que je les ai tous rencontrés et ai travaillé au moins une fois avec eux. D’ailleurs, je compte vraiment développer ce parti-pris.

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M.M : Tu organises parfois des concerts ?

A.A : J’ai organisé mon 1er concert en mai 2015. La Zonmé a été d’un grand soutien. Leur ouverture d’esprit et leur accueil chaleureux sont fantastiques. Cette tentative a été très chouette. Bon, certes, pas d’un point de vue du succès (malheureusement, peu de monde présent) mais pour la dynamique que cela a généré. Effectivement, grâce à la venue de AUN, des contacts ont été noués avec This Quiet Army. Eric Quach (TQA) a accepté de se produire à Nice et Maxime Vavasseur de Witxes s’est associé à cette date. Cette 2ème organisation de concert a rassemblé plus de monde grâce à une meilleure gestion de la communication. Ça a été un succès, tant sur le plan financier – je suis rentré dans mes frais qui étaient assez importants pour l’étudiant que je suis – que sur le plan personnel. Voir un public peu habitué à voir des lives appartenant à ce genre musical et apprécier le concert a été vraiment encourageant ! J’ai d’ailleurs prévu d’organiser d’autres concerts avant la fin de l’année : Mathieu Vergez (local), Hoax Hoax (post-rock), Derek Poteat et de nouveau AUN. Mais le but est de rester modeste pour prendre le temps de faire les choses correctement.

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M.M : Aurais-tu en tête un projet fou pour l’avenir ?

A.A : Un truc de dingue… Ah oui ! Faire un festival Arsenic Solaris avec les groupes du label et produire une sortie derrière.

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