Francis Bacon

Monaco et la culture française

Définitivement inoubliable ! Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose de l’œuvre de Francis Bacon, c’est bien son caractère indélébile. Indélébile à l’œil du spectateur. Indélébile à la pensée du commentateur. Cette œuvre si marquante joue avec l’âme de celui qui la reçoit en le poussant dans les retranchements de son sens critique. Elle interroge. Elle explore la somme des possibles en réveillant les instincts primaux qui forgent la nature humaine.

Sans équivoque, l’exposition estivale du Grimaldi Forum intitulée « Francis Bacon, Monaco et la culture française » qui a lieu jusqu’au 4 septembre est sans conteste l’une des plus ambitieuses consacrées au peintre depuis des années. Œuvres connues et méconnues de l’artiste sont présentées à la lumière de son influence française, mais également de l’influence prégnante de ses maîtres. Picasso, Van Gogh, Léger… tant d’artistes qui partagèrent avec Bacon cet amour immodéré de la France et cette vision résolument novatrice de l’art. Au total, une soixantaine d’œuvres promettant une claque visuelle face à ses fameux portraits torturés.

.

Il n’est pas surprenant que Francis Bacon ait un tel impact sur son temps, ni que son influence s’étende encore de nos jours aux artistes contemporains. Résolument différent dès son plus jeune âge, il s’ouvre à la vie artistique en Allemagne. Le Berlin d’Entre Deux Guerres vit alors dans une ébullition artistique constante. Elle offre à Bacon l’éveil qu’il recherchait. Mais c’est lors de sa première visite à Paris qu’il découvre les maîtres qui alimenteront son inépuisable muse.

Picasso, Picabia, De Chirico, Soutine, mais également Poussin et les classiques. Autant de maîtres illustres pour le jeune Bacon en quête d’identité. Il y découvre l’étonnante sincérité et la force de la représentation des sentiments. Dans son abstraction, dans sa tradition tout comme dans sa modernité.

Installé à Londres, il s’inspire de Gray, Le Corbusier et Breuer. Il joue avec la matière. Il la façonne et la tord selon son désir. Or, de la matière au corps, il n’y a qu’un pas qu’il franchira au début des années 30 avec l’œuvre « Crucifixion ». Incroyable s’il en est, ses débuts prometteurs n’auront qu’un court retentissement et il faudra attendre 1943 et les « 3 études de figures à la base d’une crucifixion » pour que son nom s’inscrive de façon pérenne dans le paysage artistique moderne.

On y retrouve tous les codes qui feront la grandeur de sa peinture. Les couleurs s’impriment sur la rétine et tranchent avec la dimension presque dépecée des corps. Son ascension se poursuivra avec « Painting » en 1946. Il pousse toujours plus loin la recherche de la symbolique du corps. L’homme est étêté. Privé de ses sens, il est placé dans un environnement quasi apocalyptique.

.

C’est à cette période que démarre une véritable histoire d’amour entre la France et Francis Bacon. A Francis Bacon, la France reconnaissante a consacré de nombreuses expositions. Mais également une rétrospective de son vivant (fait d’une rareté étonnante) au Grand Palais en 1974. A Monaco, l’estivale du Grimaldi Forum est inédite en son sens : découvrir l’œuvre de Bacon sous l’influence de la culture française et sa période monégasque. Réalisée par Martin Harrison, auteur du Dictionnaire Raisonné de Francis Bacon, elle offre un regard croisé des œuvres majeures des grands maîtres ayant inspiré le peintre : Giacometti, Léger, Lurçat, Michaux, Soutine, Toulouse-Lautrec…

.

L’exposition peut également bien créer l’événement en présentant pour la première fois au public la toute dernière toile de l’artiste : « Study of a bull ». Réalisée quelques mois avant sa mort, elle représente un taureau évanescent entrant dans la lumière. Est-ce la représentation d’un au-delà par un Bacon mourant ? Sa vision de la mort ? Peut-être est-ce là l’affirmation de l’effacement par le renouveau ? L’éternel recommencement ? La perpétuation de l’art par l’art ? Cette œuvre est sans conteste une superbe analogie du travail de Bacon, passant de l’ombre à la reconnaissance. De l’anonymat à la superbe. Et, à travers cette nouvelle exposition, avançant vers la postérité à la lumière de l’incroyable complexité de son être.

.

« Francis Bacon, Monaco et la culture française » : du 2 juillet au 4 septembre – Espace Ravel du Grimaldi Forum 10, avenue Princesse Grace – Monaco. Ouvert tous les jours de 10h à 20h. Nocturnes les jeudis jusqu’à 22h.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.